Tannage végétal ou au chrome : ce qui change vraiment
Sur la fiche d’un sac ou d’une paire de bottines, « tannage végétal » est devenu un argument de vente, et « tannage au chrome » une sorte de gros mot. Dans un atelier, la chose se dit plus simplement : deux façons de rendre une peau imputrescible, qui ne donnent pas la même matière, ne demandent pas le même temps et ne se soignent pas pareil. Savoir laquelle vous tenez vous dit comment l’objet vieillira.
Deux chimies pour un même objectif
Une peau non tannée pourrit. Le tannage, résume le glossaire de l’interprofession Alliance France Cuir, est la « transformation de la peau en cuir soit par le sel de chrome soit par les tanins végétaux afin de le rendre imputrescible ». Le reste — couleur, souplesse, grain — vient après.
Le tannage végétal travaille avec des tanins d’écorces, de fruits, de racines ou de feuilles — l’écorce de chêne surtout, complétée d’extrait de châtaignier, de mimosa ou de quebracho. Il donne un cuir « souvent très ferme », qui « n’a aucune élasticité » et reste sensible à la lumière.
Le tannage au chrome, dit aussi minéral, emploie des sels de chrome III. Il rend le cuir « souple et élastique » et constitue la norme industrielle : la même interprofession le crédite de 85 % de la production mondiale. Le végétal n’est donc pas le cuir ordinaire dont le chrome serait la version dégradée : c’est l’inverse, une filière de niche.
Le temps est la vraie ligne de partage
Un tannage au chrome se mène en foulons — de grands tambours rotatifs — et se compte en heures ou en jours. Le végétal, lui, tient dans une devise de tanneur que cite Alliance France Cuir : « du tan et du temps ».
Les ordres de grandeur sont parlants. La Tannerie Bastin et Fils, l’une des dernières maisons françaises à pratiquer le tannage végétal extra-lent, laisse reposer ses peaux « 8 mois en fosse avec de l’écorce de chêne provenant de Haute-Vienne », pour un cycle complet de dix à douze mois avant qu’une semelle soit prête ; sur une ligne plus courte, les peaux passent encore quatre-vingts jours dans une succession de bassins de tanins. Ce temps immobilisé explique l’essentiel de l’écart de prix visible chez les ateliers de notre guide pour acheter de l’artisanat français en ligne.
Ce que chaque tannage donne à l’objet
Le cuir à tannage végétal est ferme, peu élastique et vivant : il bronze au jour, supporte mal les ultraviolets comme la chaleur, et se décline mal en teintes claires. C’est la matière des selliers, des ceintures, des semelles et de la maroquinerie qui se patine — à condition d’être nourrie, ce que détaillent nos gestes pour entretenir un cuir à tannage végétal.
Le cuir au chrome offre ce que le végétal refuse : souplesse immédiate, couleurs franches et stables, tenue à l’eau. Pour un gant, une doublure, un vêtement ou une chaussure souple, c’est le choix technique, pas un pis-aller.
Ne confondez pas pour autant deux informations distinctes : le tannage dit comment la peau a été stabilisée, l’état de surface dit quelle partie de la peau vous achetez. Un cuir au chrome peut être une belle pleine fleur, un cuir végétal peut avoir été poncé.
Le chrome VI, et ce que la loi encadre
Le chrome III du tannage n’est pas le chrome hexavalent, allergène de contact qui peut se former par oxydation. C’est ce dernier qui est réglementé : le règlement (UE) n° 301/2014, applicable depuis le 1er mai 2015, interdit la mise sur le marché des articles en cuir en contact avec la peau dont la teneur atteint 3 mg/kg de chrome VI, mesurée selon la norme EN ISO 17075. Le centre technique CTC délivre par ailleurs une attestation « cuir sans chrome », accordée sous 1 000 mg/kg de chrome selon la norme NF EN 15987. Un cuir au chrome conforme n’est donc pas un objet suspect : les arguments sérieux en faveur du végétal sont ailleurs, du côté de la biodégradabilité des tanins et du caractère de la matière.
La question à poser avant d’acheter
Il existe une troisième voie, rarement affichée : le tannage combiné, qui associe « extraits tannants végétaux, composés minéraux et huiles », rappelle la fiche du tanneur de l’Institut pour les Savoir-Faire Français. Bien des cuirs vendus comme « végétaux » sont tannés au chrome puis retannés aux tanins. Demandez donc le nom de la tannerie et le type de tannage : dans une filière d’une quarantaine d’entreprises, où le tanneur-mégissier compte parmi les métiers d’art reconnus en France, un artisan le sait et le dit.
Si vous ne retenez qu’un réflexe : n’achetez pas un végétal naturel clair pour un objet qui vivra dehors. Il prendra l’eau en auréoles et foncera de façon irrégulière les premières semaines — ce que les amateurs appellent patine, et les déçus, taches.
Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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