Compagnons du Devoir : quels métiers d'art s'y apprennent
Le compagnonnage passe volontiers pour la voie noble vers un métier d’art : des années d’itinérance, un chef-d’œuvre à présenter, un titre qui impose le respect dans la profession. La réalité est plus étroite, et surtout plus précise. Les Compagnons du Devoir ne forment pas à tous les métiers d’art, et leurs portes d’entrée se referment plus tôt qu’on ne l’imagine. De quoi vérifier, en quelques minutes, si votre métier figure à leur catalogue, par quelle voie y entrer selon votre âge, et à quelle période de l’année vous devez vous y prendre.
Une trentaine de métiers, pas deux cent quatre-vingt-un
L’Association ouvrière des Compagnons du Devoir et du Tour de France est une association loi de 1901 reconnue d’utilité publique, fondée en 1941 par Jean Bernard. Les Compagnons du Devoir annoncent 10 000 apprentis formés par an et 64 maisons de Compagnons, en France et à l’étranger. Leur catalogue compte plus de trente métiers, organisés en quatre filières : bâtiment et aménagement, technologies de l’industrie, métiers du goût, matériaux souples.
Croisez cette liste avec les 281 métiers d’art fixés par l’arrêté du 24 décembre 2015, dont le ministère de la Culture rappelle le périmètre, et le recoupement se resserre à une poignée de spécialités : ébénisterie, taille de pierre, serrurerie-métallerie, tapisserie d’ameublement, maroquinerie, sellerie-garnissage, cordonnerie-botterie, tonnellerie, maréchalerie.
Ce qui n’y figure pas compte autant. Ni céramique, ni verre, ni reliure, ni lutherie, ni bijouterie : le compagnonnage s’est construit sur la pierre, le bois, le métal, le cuir et les textiles, pas sur la terre et le feu. Si vous visez le tour de potier ou la canne du souffleur, votre chemin passe par les CAP spécialisés et les écoles d’arts appliqués, que détaille notre panorama de la reconversion vers un métier d’art. Et avant de choisir, assurez-vous que l’activité visée relève bien du champ des métiers d’art reconnus en France : la frontière n’est pas intuitive.
Trois portes d’entrée, et une limite d’âge qui surprend
La première s’ouvre très tôt : l’apprentissage après le collège, à partir de 15 ans révolus et avec un niveau de troisième, le brevet n’étant pas exigé. Le CAP tapissier d’ameublement en siège donne la mesure du rythme : deux ans, 25 semaines en centre réparties sur les deux années, le reste du temps en entreprise, que vous êtes libre de chercher partout en France. La formation se déroule dans une maison précise — Pantin pour celle-ci — mais l’alternance, elle, ne vous assigne aucune région.
La deuxième est le Tour de France lui-même, et c’est là que les projets de reconversion butent : l’entrée sur le Tour n’est plus possible au-delà de 25 ans. Le voyage est un pilier du dispositif, avec au moins une année à l’étranger ; environ 3 000 apprenants sont sur le Tour à un moment donné. Passé cet âge, le titre de Compagnon n’est plus accessible, même si la formation reste ouverte.
La troisième est précisément celle des adultes : la formation continue à partir de 25 ans, d’une durée minimale d’un an en alternance, financée par contrat de professionnalisation ou d’apprentissage, par le dispositif Pro-A, par une validation des acquis de l’expérience, ou sous forme de modules courts mobilisables sur le compte personnel de formation. C’est par cette porte que passent les reconversions, comme dans le cas du CAP ébéniste en un an, où les Compagnons ouvrent leurs centres de Villeneuve-d’Ascq et de Brignais aux plus de 25 ans.
Dans les trois cas, le calendrier est le même et il est impitoyable : les préinscriptions s’ouvrent dès le mois d’octobre précédant une rentrée de septembre, et les journées portes ouvertes se tiennent deux fois par an, en janvier et en mars. Un projet mûri au printemps vise mécaniquement l’année suivante.
Ce que le Tour ajoute à un diplôme
Le compagnonnage est inscrit depuis 2010 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. La fiche de l’Unesco le décrit comme un réseau de transmission des savoirs par le métier, concernant près de 45 000 personnes réparties en trois groupes de compagnons, et couvrant les métiers de la pierre, du bois, du métal, du cuir et des textiles ainsi que les métiers de bouche. Elle précise la mécanique : une formation de cinq ans en moyenne, des changements réguliers de ville en France et à l’étranger, et la production d’un chef-d’œuvre pour accéder au statut de compagnon capable de transmettre à son tour.
Retenez la distinction que les candidats confondent le plus souvent : Compagnon est un titre, pas un diplôme. Le CAP ou le BTM s’obtiennent devant un jury d’examen, le titre se gagne au terme du Tour et du chef-d’œuvre. Ce que le second documente, et qu’aucun diplôme ne dit, c’est le nombre d’ateliers traversés et de mains différentes sous lesquelles vous avez travaillé — un argument réel dans des métiers où les tours de main varient d’une maison à l’autre, comme le montre la diversité des parcours en maroquinerie.
Avant de déposer un dossier
Deux contraintes matérielles pèsent plus lourd que le niveau scolaire. L’hébergement en maison de Compagnons, payant et obligatoire sur certains parcours, impose une vie en communauté avec ses règles et ses horaires : ce n’est pas un détail d’intendance, c’est le cœur du modèle, et il convient mal à qui a charge de famille. L’outillage personnel, ensuite, reste à votre charge, avec une aide possible via l’opérateur de compétences de l’employeur.
La préinscription en ligne, elle, est gratuite et n’engage à rien : c’est le bon geste à faire maintenant si vous visez septembre prochain, quitte à décider après les portes ouvertes de janvier. L’erreur classique n’est pas de viser la mauvaise maison, c’est d’attendre le printemps pour écrire — et de découvrir que les dossiers du métier convoité se sont fermés six mois plus tôt.
Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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